L’actualité récente autour de l’abolition du « devoir conjugal » a ravivé de nombreuses interrogations sur le consentement au sein du couple. Cette notion n’avait plus de portée pénale depuis longtemps. Pourtant, elle continuait d’influencer la perception des relations conjugales.
En droit français, le viol conjugal constitue une infraction pénale à part entière. La loi le sanctionne sévèrement. Cet article explique ce que dit le droit, quelles peines s’appliquent et ce que change concrètement la disparition officielle du « devoir conjugal ».
Table des matières
Le « devoir conjugal » : une notion longtemps source de confusion
Pourquoi parle-t-on de son abolition aujourd’hui ?
Ces derniers jours, l’actualité a mis en lumière la disparition officielle du « devoir conjugal ». Cette expression renvoie à une conception ancienne du mariage. Selon cette vision, les époux se devaient mutuellement une vie sexuelle.
En supprimant cette notion, le législateur cherche à mettre fin à une confusion persistante entre mariage, sexualité et consentement.
Que recouvrait réellement le « devoir conjugal » ?
Le Code civil ne mentionnait pas explicitement le devoir conjugal. Les juges le déduisaient de l’obligation de communauté de vie entre époux. Pendant longtemps, cette communauté de vie a été interprétée comme incluant une dimension sexuelle.
Concrètement, dans certaines procédures de divorce pour faute, un refus durable de relations sexuelles pouvait être reproché à un époux. Les juges pouvaient alors retenir une faute civile. Cette faute entraînait parfois l’attribution des torts ou le versement de dommages et intérêts.
Toutefois, cette notion n’a jamais créé une obligation légale d’avoir des relations sexuelles. Elle a surtout entretenu l’idée qu’un époux pouvait « devoir » quelque chose sur le plan intime du seul fait du mariage.
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Le consentement : un principe juridique fondamental
Le consentement repose sur un principe clair. Toute relation sexuelle doit être librement acceptée, à chaque fois, par chaque personne concernée. Une personne peut retirer son consentement à tout moment, sans avoir à se justifier.
Ni le mariage, ni la durée de la relation, ni la vie commune ne modifient ce principe. En droit pénal, le consentement constitue une exigence absolue depuis longtemps.
Ainsi, le mariage n’a jamais créé de présomption de consentement. Lorsqu’une personne impose un acte sexuel par violence, contrainte, menace ou surprise, la loi qualifie les faits de viol, y compris entre époux.
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Une divergence historique entre droit pénal et droit civil
C’est précisément cette différence qui a nourri la confusion.
D’un côté, le droit pénal a toujours protégé le droit de dire non. Aucun statut matrimonial n’a jamais permis de justifier une contrainte sexuelle.
De l’autre, le droit civil a parfois sanctionné le refus de relations sexuelles comme un manquement aux obligations du mariage, sans qu’il soit question d’infraction pénale.
Ainsi, un même comportement pouvait être juridiquement protégé sur le plan pénal, mais reproché sur le plan civil. Cette contradiction a longtemps brouillé le message juridique et social.
Ce que change concrètement l’abolition du devoir conjugal
L’abolition du devoir conjugal ne crée aucune nouvelle infraction. Elle ne modifie pas non plus les règles pénales existantes. Le viol conjugal était déjà interdit et puni.
En revanche, cette suppression met fin à une ambiguïté juridique et symbolique. Désormais, le refus de relations sexuelles ne peut plus, à lui seul, constituer une faute conjugale. Le mariage n’implique aucune obligation sexuelle, ni civile, ni pénale.
Le viol conjugal : une infraction pénale pleinement reconnue
Contrairement à certaines idées reçues, le viol conjugal ne constitue pas une notion récente. La jurisprudence française reconnaît depuis plusieurs décennies que le mariage ne crée aucune présomption de consentement.
Le Code pénal définit le viol comme tout acte de pénétration sexuelle commis par violence, contrainte, menace ou surprise. Cette définition s’applique quelle que soit la relation entre l’auteur et la victime.
Lorsque les faits sont commis par un conjoint, un ex-conjoint ou un partenaire, la loi retient même une circonstance aggravante.
Autrement dit, le cadre conjugal n’atténue jamais la responsabilité pénale. Au contraire, il peut l’aggraver.
Quelles peines encourt l’auteur d’un viol conjugal ?
La loi punit le viol conjugal comme tout autre viol. Lorsque les faits sont établis, l’auteur encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.
Dans certaines situations, la peine peut atteindre 30 ans. C’est notamment le cas lorsque les violences ont entraîné une mutilation, une infirmité permanente ou lorsqu’elles s’inscrivent dans un contexte de violences répétées.
Pour fixer la peine, les juges analysent plusieurs éléments. Ils prennent en compte la gravité des faits, leur répétition, l’emprise exercée et les conséquences sur la victime.
Bon à savoir : Le viol conjugal constitue un crime. Il relève donc de la compétence de la cour d’assises.
Le consentement au cœur de l’analyse judiciaire
Dans les affaires de viol conjugal, la question centrale reste celle du consentement. Le juge ne se demande jamais si la victime « devait » une relation sexuelle. Il vérifie si elle a consenti librement à l’acte.
L’absence de violences visibles n’exclut pas la qualification de viol. La contrainte peut être psychologique. Elle peut résulter d’une peur, d’une pression ou d’une situation d’emprise. Le contexte conjugal peut d’ailleurs renforcer cette emprise.
Comment prouver un viol conjugal ?
Comme dans toute procédure pénale, la preuve peut être rapportée par tout moyen. Les juridictions examinent l’ensemble des éléments du dossier.
Les preuves peuvent reposer sur des certificats médicaux, des témoignages, des messages écrits, des enregistrements vocaux ou des attestations de proches. Le récit de la victime joue un rôle central, surtout lorsqu’il reste cohérent et constant.
Bon à savoir : L’absence de plainte immédiate ou de traces physiques n’empêche pas la reconnaissance d’un viol.
La procédure pénale en cas de viol conjugal
La procédure débute généralement par le dépôt de plainte de la victime. Cette démarche entraîne l’ouverture d’une enquête menée par les services de police ou de gendarmerie.
Les enquêteurs peuvent placer l’auteur présumé en garde à vue. Celui-ci peut se faire assister par un avocat. À l’issue de l’enquête, le procureur décide soit de poursuivre l’affaire devant la cour d’assises, soit de la classer sans suite. La victime peut contester un classement.
Pendant la procédure, les autorités peuvent mettre en place des mesures de protection, comme une interdiction de contact ou une ordonnance de protection.
Pourquoi l’accompagnement par un avocat est essentiel
Dans les affaires de viol conjugal, l’accompagnement juridique joue un rôle déterminant.
Pour la victime, un avocat aide à qualifier les faits, à constituer un dossier solide et à solliciter des mesures de protection. Il accompagne aussi la victime tout au long d’une procédure souvent longue et éprouvante.
Pour la personne mise en cause, l’avocat garantit le respect des droits de la défense. Il vérifie la régularité de la procédure et présente les éléments utiles à l’analyse des faits.
À retenir
Le viol conjugal constitue une infraction pénale grave, lourdement sanctionnée. L’abolition du « devoir conjugal » ne crée pas ce crime. En revanche, elle met fin à une ambiguïté historique entre droit civil et droit pénal.
Désormais, le message est clair : le mariage n’efface jamais le droit de dire non.
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