« Pull volé pendant la manif », « produit Sephora du 17 octobre » : depuis les pillages de samedi, ces annonces circulent sur Vinted. Acheter ces objets n’est un recel que si l’acheteur savait d’où il venait. Mais un prix cassé ou une annonce qui cite le 17 octobre suffisent souvent à le prouver, et le recel est puni de cinq ans de prison. Même de bonne foi, l’acheteur n’est pas à l’abri : il risque de devoir rendre l’objet sans être remboursé.
Des annonces qui ne cachent presque rien
Le soir même du 17 octobre, des internautes ont repéré sur Vinted et Leboncoin des vêtements, des parfums et du maquillage vendus pour une fraction de leur prix en magasin. Certaines annonces affichaient la date du vol, d’autres le revendiquaient carrément, rapporte franceinfo. Lundi matin, RTL a encore trouvé un lot de rouges à lèvres présenté comme « produit Sephora du 17 octobre ». Interrogé, le vendeur nie les avoir volés. À Lille, un maillot du LOSC a été mis en vente juste après le pillage de la boutique du club, l’antivol toujours accroché.
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Des acheteurs publient eux-mêmes des messages du type « cherche maquillage du 17 ». Ce lundi 19 octobre, le gouvernement a réuni Vinted, Leboncoin, Amazon, eBay, Meta et TikTok. La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, attend de ces plateformes « qu’elles retirent sans délai les annonces en question ».
Acheter un objet volé, c’est du recel si vous le saviez
Le code pénal punit le recel de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. Le recel ne vise pas seulement celui qui revend. Il vise aussi celui qui garde chez lui une chose volée en sachant d’où elle vient.
Tout repose sur ce mot : savoir. La loi n’oblige pas l’acheteur à mener l’enquête sur chaque vêtement d’occasion. Celui qui achète un pull sans rien soupçonner ne commet pas d’infraction.
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Prix cassé, date du 17, antivol : ce qui fait de vous un receleur
Le juge déduit la connaissance des circonstances de l’achat. Dès 1984, la Cour de cassation a validé la condamnation d’un antiquaire qui avait payé 3 500 francs une statuette estimée à 350 000 francs : ce prix dérisoire révélait qu’il savait que l’objet était volé.
Sur Vinted en octobre 2026, les indices sont encore plus visibles. Un produit neuf vendu pour une fraction de son prix en magasin, une annonce qui cite le 17 octobre, une étiquette antivol sur la photo, un vendeur qui demande de continuer la discussion sur Snapchat : chacun de ces éléments peut servir à prouver que l’acheteur savait. L’acheteur qui a répondu à une annonce « cherche maquillage du 17 » aura du mal à plaider la surprise.
De bonne foi, vous devrez quand même rendre l’objet
C’est la règle que presque personne ne connaît. En principe, celui qui possède un objet en est présumé propriétaire. Mais le code civil fait une exception pour les choses volées : le propriétaire volé peut les réclamer pendant trois ans à celui qui les détient, même s’il les a achetées de bonne foi.
Le commerçant ne doit rembourser le prix que si l’objet a été acheté dans une foire, sur un marché, lors d’une vente publique ou à un marchand qui vend ce type d’article, par exemple un vendeur professionnel. À notre lecture des textes, un achat entre particuliers sur Vinted n’entre dans aucun de ces cas : l’acheteur rend l’objet sans être remboursé par le magasin. Il lui reste à se retourner contre son vendeur, à condition de le retrouver.
Celui qui a déjà acheté un article douteux a donc intérêt à garder l’annonce, les messages échangés et la preuve du paiement. Ces traces montrent sa bonne foi et lui permettent de réclamer son argent au vendeur. Les plateformes, elles, ont été priées de retirer les annonces dès ce lundi, avant le nouvel appel à manifester du samedi 24 octobre.
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