Cet article a été rédigé avec un avocat en droit du travail. Vous êtes salarié ou employeur confronté à un abandon de poste ? Décrivez votre situation en 2 minutes →
Vous pensez à abandonner votre poste pour en finir avec une situation professionnelle invivable ? Ou bien vous êtes employeur face à un salarié qui ne revient plus ? Depuis la loi du 21 décembre 2022 et son décret d’application du 19 avril 2023, les règles ont radicalement changé. En effet, un abandon de poste est désormais présumé être une démission, ce qui supprime l’accès aux allocations chômage. Ce guide vous explique donc tout ce que vous devez savoir avant d’agir.
Table des matières
Qu’est-ce qu’un abandon de poste ?
L’abandon de poste est une absence injustifiée et prolongée du salarié, sans autorisation de l’employeur et sans motif légitime connu. Concrètement, le salarié cesse de se présenter à son travail. Il ne donne aucune explication valable et ne répond pas aux tentatives de contact de son employeur.
L’abandon de poste peut ainsi prendre plusieurs formes :
- Le salarié ne revient plus du tout après ses congés
- Il quitte son poste en cours de journée et ne revient pas le lendemain
- Il s’absente de manière répétée et prolongée sans fournir de justificatif
- Il refuse de reprendre son poste après un arrêt maladie ou une mise à pied
Bon à savoir : Aucun texte de loi ne définit précisément l’abandon de poste. C’est donc la jurisprudence qui en trace les contours. La Cour de cassation exige notamment que les absences soient importantes et répétées pour que l’abandon de poste soit réellement caractérisé.
Quelle est la nouvelle loi sur l’abandon de poste ?
La réforme de 2023 a tout changé. Avant le 19 avril 2023, un salarié qui abandonnait son poste pouvait être licencié pour faute, puis percevoir les allocations chômage (ARE). Beaucoup utilisaient ainsi cette stratégie pour quitter un emploi sans perdre leurs droits, ce que certains appelaient la « démission déguisée ».
Depuis la loi n°2022-1598 du 21 décembre 2022 (dite loi Marché du Travail) et son décret d’application du 18 avril 2023, les règles ont donc profondément changé :
- Un salarié qui abandonne son poste est désormais présumé démissionnaire
- Cette présomption s’applique si le salarié ne reprend pas le travail dans les 15 jours suivant la mise en demeure de l’employeur
- En conséquence, le salarié présumé démissionnaire perd l’accès aux allocations chômage
C’est un changement majeur. En effet, en 2022, 82 000 personnes avaient bénéficié de l’assurance chômage après un abandon de poste. Or, la loi a mis fin à cette pratique.
Besoin d'un avocat pour un contrat de travail ?
- Raisons médicales : maladie, accident, hospitalisation, avec certificat médical à l’appui
- Danger grave et imminent pour votre santé ou votre sécurité sur le poste (article L4131-1 du Code du travail)
- Modification unilatérale du contrat par l’employeur : changement de poste, de lieu ou de salaire sans votre accord
- Harcèlement moral ou sexuel dûment documenté par des preuves écrites
- Exercice du droit de grève
- Demander au salarié de justifier son absence
- Lui fixer un délai minimum de 15 jours calendaires pour reprendre le travail
- L’informer que, sans réponse, il sera présumé démissionnaire
- Les indemnités légales de licenciement
- L’indemnité compensatrice de préavis
- Seule l’indemnité compensatrice de congés payés reste due pour les congés acquis non pris
- 7 conseils pour gagner une rupture conventionnelle →
- Licenciement pour faute grave: Guide pour les employés →
- Combien coûte un avocat en droit du travail ? →
Quels sont mes droits si je fais un abandon de poste ?
Malgré la réforme, le salarié conserve certains droits et peut notamment contester la situation.
Vous pouvez justifier votre absence
Si votre absence repose sur un motif légitime, la présomption de démission ne s’applique pas. Les motifs reconnus par les tribunaux sont notamment :
Dans ces cas, répondez donc à la mise en demeure de votre employeur en expliquant et en justifiant votre absence par lettre recommandée avec accusé de réception.
Vous pouvez contester devant le conseil de prud’hommes
Si vous estimez que la présomption de démission est injustifiée, vous disposez de 2 mois à compter de la notification de la rupture pour saisir le conseil de prud’hommes. Par ailleurs, l’affaire est directement portée devant le bureau de jugement, sans phase de conciliation préalable.
C’est toutefois à vous d’apporter la preuve du motif légitime. Conservez donc tous les échanges écrits, certificats médicaux, témoignages et courriers qui documentent votre situation.
Bon à savoir : Si vous avez abandonné votre poste en raison d’un manquement grave de l’employeur à ses obligations (harcèlement, non-paiement du salaire, danger réel) le juge peut requalifier la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Vous ouvrez ainsi droit aux indemnités et potentiellement aux allocations chômage.
👉 Vous avez abandonné votre poste ou envisagez de le faire ? Un avocat en droit du travail peut évaluer votre situation avant que vous agissiez →
Quel est le délai maximum pour un abandon de poste ?
Il n’existe pas de délai légal unique. En revanche, la procédure se déroule en deux temps bien distincts.
Côté employeur : la mise en demeure sous 15 jours
Dès qu’il constate l’absence injustifiée, l’employeur doit adresser une mise en demeure au salarié par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier doit obligatoirement :
Sans cette mise en demeure formelle, la présomption de démission ne peut donc pas s’appliquer.
Les délais selon l’issue choisie
| Situation | Délai applicable |
|---|---|
| Mise en demeure → reprise du salarié | La procédure s’arrête, pas de rupture |
| Mise en demeure → absence de réponse sous 15 jours | Présomption de démission, rupture du contrat |
| Licenciement pour faute grave | L’employeur doit agir dans les 6 semaines suivant le constat |
| Licenciement pour cause réelle et sérieuse | L’employeur dispose de 2 mois à compter de la connaissance des faits |
| Contestation par le salarié | 2 mois à compter de la notification de rupture |
Bon à savoir : L’employeur ne peut pas attendre indéfiniment. S’il ne réagit pas dans les délais, il perd en effet la possibilité de licencier pour faute grave. Ainsi, un abandon de poste non traité rapidement peut se transformer en licenciement ordinaire avec indemnités, ce qui est souvent ce que le salarié cherchait.
Quel est le risque de faire un abandon de poste ?
C’est la vraie question que se posent les salariés qui envisagent cette option. En 2026, les risques sont donc bien plus importants qu’avant la réforme.
Perte des allocations chômage
C’est le risque principal. En tant que démissionnaire présumé, vous ne pouvez pas percevoir l’ARE (allocation de retour à l’emploi) versée par France Travail. Cette règle s’applique sauf si vous prouvez un motif légitime ou si vous obtenez une requalification en licenciement.
Perte des indemnités de rupture
Un salarié présumé démissionnaire ne perçoit ainsi pas :
Un licenciement pour faute grave possible
Si l’employeur choisit de ne pas appliquer la présomption de démission, il peut en revanche engager une procédure de licenciement. Il peut alors qualifier l’abandon de poste de faute grave notamment si l’absence désorganise l’entreprise ou si l’employeur vous a déjà mis en garde. Dans ce cas, vous perdez également les indemnités de licenciement.
Exemple concret : Un salarié en CDI depuis 5 ans a abandonné son poste en pensant toucher le chômage comme avant 2023. Son employeur lui a envoyé une mise en demeure. Or, n’ayant pas répondu dans les 15 jours, il a été présumé démissionnaire, sans indemnités et sans allocations chômage, perdant ainsi plusieurs milliers d’euros de droits.
Les alternatives à l’abandon de poste
Si vous envisagez l’abandon de poste pour fuir une situation difficile, sachez qu’il existe des alternatives bien plus protectrices pour vos droits.
La rupture conventionnelle
C’est souvent la meilleure option. Elle vous permet de quitter l’entreprise d’un commun accord, tout en conservant les indemnités de rupture et l’accès aux allocations chômage. Elle nécessite certes l’accord de l’employeur, mais elle peut se négocier, notamment si vous êtes dans une situation de conflit avéré.
La prise d’acte de rupture
Si l’employeur commet des manquements graves à ses obligations (harcèlement, non-paiement du salaire, modification unilatérale du contrat) vous pouvez prendre acte de la rupture devant le conseil de prud’hommes. Si le juge reconnaît les manquements, la rupture produit alors les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec droits au chômage à la clé.
La résiliation judiciaire
Vous demandez au juge de prononcer la résiliation de votre contrat de travail aux torts de l’employeur, tout en continuant à travailler pendant la procédure. C’est une voie plus longue, mais en revanche bien plus sécurisée sur le plan financier.
👉 Vous envisagez de quitter votre emploi et ne savez pas quelle option choisir ? Un avocat en droit du travail peut vous guider vers la solution la plus adaptée →
FAQ : abandon de poste, les questions les plus fréquentes
Peut-on toucher le chômage après un abandon de poste ?
Non, sauf exception. Depuis le 19 avril 2023, un abandon de poste est en effet présumé être une démission. Or, un démissionnaire n’a pas droit aux allocations chômage (ARE). La seule exception : si vous prouvez un motif légitime ou si vous obtenez une requalification en licenciement par le conseil de prud’hommes.
L’employeur est-il obligé d’envoyer une mise en demeure ?
Oui, c’est une condition obligatoire. Sans mise en demeure formelle par lettre recommandée avec un délai minimum de 15 jours, la présomption de démission ne peut donc pas s’appliquer.
Un abandon de poste entraîne-t-il automatiquement un licenciement ?
Non. Depuis 2023, l’employeur peut en effet choisir entre appliquer la présomption de démission ou engager une procédure de licenciement. Dans les deux cas, il doit toutefois respecter des délais et une procédure formelle.
Peut-on contester une présomption de démission ?
Oui. Vous disposez de 2 mois à compter de la notification pour saisir le conseil de prud’hommes et apporter la preuve d’un motif légitime.
L’abandon de poste est-il possible en période d’essai ?
En période d’essai, la rupture du contrat est plus simple. En effet, l’une ou l’autre des parties peut y mettre fin à tout moment avec un préavis minimal. L’abandon de poste en période d’essai n’a donc pas grand intérêt, une simple démission suffit.
Pour aller plus loin
Trouvervotreavocat.com vous aide à trouver rapidement un avocat en droit du travail adapté à votre situation, partout en France. Décrivez votre situation en quelques minutes, nous vous orientons ainsi vers le bon professionnel, sans engagement.
Fiches pratiques liées :
👉 Une question sur l’abandon de poste ? Décrivez votre situation en 2 minutes, on vous oriente vers un avocat en droit du travail →
Envie d’en savoir plus sur vos droits au quotidien ?
Suivez-nous sur nos réseaux sociaux ! Chaque jour, on décrypte une situation concrète pour vous aider à mieux comprendre le droit qui vous concerne.
Donnez votre avis sur cet article