À Dijon, un collégien de 15 ans vient d’être condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire. Il avait menacé sa principale avec un couteau en mars 2024. Derrière ce fait divers se cachent des questions très concrètes : Que dit la loi sur les menaces de mort ? Comment fonctionne la justice des mineurs ? Et si vous êtes victime, enseignant ou parent concerné, que pouvez-vous faire dès aujourd’hui ?
Table des matières
Ce qui s’est passé à Dijon
Le 15 mars 2024, un élève de troisième du collège Edouard-Herriot à Chenôve se présente à un cours d’anglais dont il vient d’être exclu. Renvoyé vers la principale, il lui remet une lettre évoquant une prise d’otages, puis pointe un couteau dans sa direction. Heureusement, la cheffe d’établissement parvient à fuir et déclenche l’alarme anti-intrusion. L’adolescent reçoit une interpellation trente minutes plus tard.
Lors de l’enquête, le garçon tient des propos contradictoires. D’abord, il affirme avoir voulu « planter » sa professeure d’anglais. Ensuite, il prétend avoir reçu une mission pour la tuer contre rémunération. Le parquet estime que ces déclarations traduisent surtout « une volonté de se donner de l’importance », et un expert psychiatre confirme cette analyse. Son avocat plaide pour sa part que son client était « un gamin en difficulté qui voulait faire peur ». Finalement, le 26 février 2026, le tribunal pour enfants de Dijon prononce une condamnation à quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire.
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Menace de mort : qu’est-ce que ça recouvre exactement ?
Beaucoup de gens pensent qu’une menace de mort n’est grave que si l’auteur passe à l’acte. C’est pourtant une idée fausse. En droit français, proférer une menace de mort suffit à caractériser une infraction pénale. L’auteur n’a pas besoin d’avoir eu l’intention réelle de tue
Les formes que peut prendre une menace de mort
Une menace de mort peut prendre de nombreuses formes : une parole dite de vive voix, un message écrit, un geste avec un objet comme pointer un couteau, ou encore un SMS envoyé via les réseaux sociaux. Dans tous les cas, la menace doit paraître crédible aux yeux de la victime. Ainsi, même un message envoyé dans un moment de colère peut engager la responsabilité pénale de son auteur.
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Les peines encourues pour un adulte
Pour un majeur, les peines varient selon les circonstances de l’infraction :
- menace de mort simple : jusqu’à 6 mois de prison et 7 500 euros d’amende ;
- menace assortie d’un ordre ou d’une condition : jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende ;
- menace avec une arme ou visant un agent de service public : les peines montent encore davantage.
Dans l’affaire de Dijon, la victime exerçait une mission de service public en tant que principale. Cette circonstance aggravante a directement alourdi les peines encourues par le collégien.
Pour aller plus loin : Quelle est la peine pour menace de mort ?
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- un avertissement judiciaire ou une simple mesure éducative ;
- un stage de citoyenneté ou de sensibilisation ;
- un travail d’intérêt général, accessible dès 16 ans ;
- un placement en centre éducatif fermé (CEF) ;
- une peine de prison ferme, réservée aux cas les plus graves.
La justice des mineurs : comment ça fonctionne vraiment ?
Beaucoup de parents et de victimes ne connaissent pas bien le fonctionnement de la justice des mineurs en France. Il est donc utile d’en rappeler les grandes lignes.
Le Code de la justice pénale des mineurs
Depuis 2021, la France applique le Code de la justice pénale des mineurs (CJPM). Ce texte repose sur deux piliers essentiels. D’abord, la primauté de l’éducatif sur le répressif : avant de sanctionner, la justice cherche à comprendre le parcours du jeune. Ensuite, la progressivité des réponses : la sanction s’adapte à la gravité des faits et à la personnalité du mineur.
Les sanctions possibles pour un mineur
Un mineur peut faire l’objet d’un large éventail de mesures, allant de la plus légère à la plus lourde :
En règle générale, les peines maximales pour un mineur représentent la moitié de celles applicables à un adulte. Toutefois, pour les infractions très graves, un mineur de plus de 13 ans peut recevoir de longues peines d’emprisonnement.
Le tribunal pour enfants : une juridiction spécialisée
Le tribunal pour enfants comprend un juge des enfants président et deux assesseurs non professionnels. Il siège à huis clos pour protéger la vie privée du mineur, comme dans l’affaire de Dijon. C’est le juge des enfants qui suit le dossier de bout en bout, ce qui lui permet d’adapter sa réponse à l’évolution du jeune.
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Quatre ans pour un collégien : une peine exceptionnelle ?
Oui, ce type de condamnation reste rare. La plupart des mineurs reçoivent en effet des mesures éducatives ou des peines aménagées. Plusieurs facteurs expliquent ici la sévérité de la décision. D’abord, les faits sont objectivement graves : une menace armée sur une personne dépositaire de l’autorité publique. Ensuite, la lettre évoquant une prise d’otages a orienté l’enquête vers une piste terroriste. Enfin, les déclarations contradictoires du mineur ont soulevé des doutes persistants sur ses véritables intentions.
Concrètement, la peine de quatre ans dont deux avec sursis probatoire signifie que le jeune doit purger deux ans ferme. Les deux années restantes dépendent du strict respect d’obligations fixées par le juge, comme un suivi psychologique ou une interdiction de contact avec la victime. Tout manquement déclenche l’exécution immédiate du sursis.
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Vous êtes victime d’une menace de mort : que faire concrètement ?
Beaucoup de victimes hésitent à porter plainte, surtout quand l’auteur est un mineur ou un proche. C’est pourtant la première démarche à entreprendre, de préférence sans attendre.
Portez plainte sans tarder
Rendez-vous au commissariat ou à la gendarmerie, ou adressez un courrier directement au procureur de la République. Plus vous agissez vite, plus vous facilitez la réunion des preuves et plus votre dossier gagne en solidité.
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Conservez toutes les preuves
Rassemblez systématiquement tous les éléments disponibles : messages, emails ou courriers menaçants, témoignages de personnes présentes, captures d’écran de publications sur les réseaux sociaux. Ajoutez tout certificat médical si vous avez subi un choc ou des blessures.
Faites-vous accompagner par un avocat
Un avocat peut vous représenter tout au long de la procédure, vous aider à vous constituer partie civile et défendre votre droit à une indemnisation. Même quand l’auteur est mineur, la victime conserve l’intégralité de ses droits à réparation.
Vous êtes parent d’un mineur mis en cause : les bons réflexes
Si votre enfant reçoit une convocation de la police ou de la justice, ne le laissez pas se présenter seul. Consultez un avocat dès la première convocation, car une intervention précoce change profondément la suite de la procédure. Ne minimisez pas non plus les faits : une infraction qui semble bénigne en surface peut entraîner des conséquences durables sur l’avenir du jeune. Préparez avec l’avocat tous les éléments de contexte utiles, comme le suivi scolaire ou psychologique de votre enfant, pour construire une défense cohérente et humaine.
Vous travaillez dans un établissement scolaire et vous êtes menacé : quels recours ?
L’affaire de Dijon rappelle que les personnels de l’Éducation nationale font face à des situations de plus en plus tendues. Si vous êtes enseignant, chef d’établissement ou personnel administratif et que vous recevez des menaces, plusieurs recours s’offrent à vous. Signalez d’abord les faits à votre hiérarchie sans attendre, puis déposez plainte. Votre statut d’agent public constitue une circonstance aggravante pour l’auteur, ce qui renforce considérablement votre dossier. Par ailleurs, l’État a l’obligation légale de vous protéger dans l’exercice de vos fonctions. Un avocat en droit penal peut vous aider à obtenir cette protection fonctionnelle et à défendre vos droits tout au long de la procédure.
Pour conclure
L’affaire de Dijon illustre plusieurs réalités à la fois : la justice des mineurs peut prononcer des peines lourdes quand les faits le justifient, la menace de mort constitue une infraction sérieuse même sans passage à l’acte, et les victimes disposent de recours concrets pour se défendre et obtenir réparation. Que vous soyez victime, parent ou personnel de l’Éducation nationale, vous n’êtes pas sans ressources face à ces situations.
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