Le parquet européen vient d’ouvrir une enquête sur les dépenses de média training liées à Jordan Bardella et au Rassemblement national.
À l’origine, une plainte de l’association AC !! Anticorruption, transmise par le Parquet national financier, pour des soupçons de fraude aux fonds européens.
Depuis, les unes se multiplient : dotations d’eurodéputés, financements européens, parquet spécialisé, plainte pour dénonciation calomnieuse…
👉 On décrypte pour vous cette affaire : ce qu’il se passe concrètement, qui sont le PNF et le parquet européen, et quels sont les principaux scénarios possibles pour la suite.
Table des matières
1. Ce qui est reproché dans l’affaire “média training”
Des formations payées avec des enveloppes d’eurodéputés
L’affaire part de plusieurs articles de presse sur des prestations de média training facturées pour des élus européens du Rassemblement national.
Selon ces éléments, les équipes auraient payé ces formations avec les enveloppes et dotations parlementaires des eurodéputés.
Or ces sommes servent normalement à financer le travail d’élu au Parlement européen : salaires et frais des assistants, études, prestations utiles à l’exercice du mandat, communication sur l’activité européenne.
En principe, ces crédits doivent donc rester liés à la fonction d’eurodéputé : travail législatif, présence en circonscription européenne, rencontres avec les citoyens, communication sur les dossiers européens.
Ils ne doivent pas financer une campagne nationale.
Le cœur des soupçons
Dans ce dossier, les soupçons visent un possible usage de ces fonds pour préparer Jordan Bardella à la campagne présidentielle française de 2022.
Un tel usage s’éloignerait de l’objet normal des dotations d’eurodéputé.
Pour cette raison, l’association AC !! Anticorruption estime que les faits peuvent porter atteinte aux intérêts financiers de l’Union européenne, en détournant des moyens budgétaires de leur finalité.
La position du Rassemblement national
Face à ces accusations, le Rassemblement national défend une version opposée.
Le parti affirme que les prestations respectent les règles du Parlement européen.
Il soutient que les services du Parlement ont validé ces dépenses, que les formations concernaient des sujets européens et plusieurs eurodéputés, et qu’il a mis fin aux contrats au début de la campagne présidentielle.
En parallèle, Jordan Bardella a déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse contre l’association.
2. Pourquoi le PNF et le parquet européen interviennent
Le rôle du Parquet national financier (PNF)
Le Parquet national financier est un parquet spécialisé. Autrement dit, il s’agit d’une équipe de procureurs qui se concentre sur les grandes affaires financières et économiques.
Le PNF traite par exemple :
- des dossiers de corruption ;
- des fraudes fiscales complexes ;
- des faits de blanchiment ;
- des détournements de fonds publics impliquant des montants importants ou des responsables publics.
Comme tous les parquets, il ne juge pas. En revanche, il reçoit des plaintes ou des signalements, décide d’ouvrir ou non une enquête, pilote les investigations et, à la fin, choisit de poursuivre devant un tribunal ou de classer le dossier.
Lorsqu’une affaire mélange argent public, dimension politique et mécanismes financiers compliqués, le parquet de Paris peut transférer le dossier au PNF pour bénéficier de cette spécialisation.
C’est ce qui s’est passé ici : la plainte de l’association, centrée sur les enveloppes d’eurodéputés, est arrivée au PNF, qui l’a ensuite transmise au parquet européen, car les sommes concernent des fonds de l’Union.
Le rôle du parquet européen
Le parquet européen est un parquet commun à plusieurs pays de l’Union européenne.
Il se concentre sur un seul sujet : les infractions qui touchent l’argent de l’Union (subventions, fonds européens, grandes fraudes transfrontalières à la TVA, etc.).
Lorsqu’une affaire concerne directement des fonds européens, le parquet européen devient prioritaire.
Les procureurs européens travaillent avec des procureurs délégués dans chaque pays, dont la France.
En pratique, ils peuvent enquêter dans les États concernés et demander aux autorités nationales de réaliser des actes (auditions, perquisitions, saisies, etc.).
Dans ce dossier, la question centrale reste simple : des fonds destinés au mandat d’eurodéputé ont‑ils servi à financer une autre activité, comme la préparation d’une campagne présidentielle nationale ?
C’est précisément pour répondre à cette question que le parquet européen a ouvert une enquête.
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- demander au Parlement européen les contrats, devis et factures liés au média training ;
- récupérer les justificatifs d’utilisation des enveloppes parlementaires des eurodéputés concernés ;
- entendre le prestataire de formation, les élus et leurs collaborateurs ;
- analyser des relevés de paiement ou des mouvements bancaires ;
- solliciter des perquisitions et des saisies de documents, avec l’autorisation d’un juge national.
- les prestations respectent les règles du Parlement européen ;
- ou les preuves d’un usage irrégulier des fonds restent trop faibles.
- fraude aux intérêts financiers de l’Union européenne ;
- détournement de fonds publics ;
- abus de confiance.
- des amendes élevées ;
- des peines d’emprisonnement ;
- des peines complémentaires, comme l’obligation de rembourser les sommes ou des mesures d’inéligibilité.
- C’est quoi la diffamation dans le code pénal ?
- Porter plainte pour diffamation : les 6 étapes à suivre
- Dénonciation calomnieuse : que dit le Code pénal et comment se défendre ?
3. Quand on dit “une enquête est ouverte”, qu’est‑ce que ça veut dire ?
Avant d’ouvrir officiellement l’enquête, le parquet européen examine le dossier envoyé par le PNF.
Il vérifie la nature des faits, sa compétence et la présence d’éléments concrets.
Lorsque le parquet annonce une enquête pour suspicion de fraude aux intérêts financiers de l’Union européenne, il change de phase. Il ne se contente plus de lire une plainte. Il lance de vraies investigations.
Les actes possibles pendant l’enquête
Les procureurs européens délégués peuvent notamment :
Pendant toute cette phase, ils doivent respecter plusieurs principes : droits de la défense, présomption d’innocence, secret de l’enquête.
C’est aussi pour cette raison que le parquet européen commente très peu ses dossiers en cours.
Le statut des personnes citées
Pendant l’enquête, toutes les personnes mentionnées dans les médias n’ont pas le même statut juridique.
Certaines sont entendues uniquement comme témoins.
D’autres peuvent, plus tard, devenir suspectes si le dossier évolue.
Si des indices graves et concordants apparaissent, un juge d’instruction national peut être saisi.
Ce juge décidera alors d’une mise en examen ou non.
A ce stade, on connaît l’existence de l’enquête et la nature des soupçons, mais pas encore les conclusions de la justice.
4. Les scénarios possibles pour la suite
L’ouverture d’une enquête ne veut pas dire que les faits sont déjà prouvés.
Pour l’instant, la justice vérifie les éléments.
Ensuite, plusieurs chemins restent possibles.
Scénario 1 : classement sans suite
Premier scénario : l’enquête ne confirme pas l’infraction.
Le parquet européen peut, par exemple, estimer que :
Dans cette situation, il peut décider de classer le dossier sans suite.
Concrètement, il n’y a alors ni mise en examen, ni procès, ni condamnation dans cette affaire.
En revanche, le débat politique peut continuer.
Des questions peuvent aussi rester ouvertes au sein des institutions européennes.
Sur le plan pénal, en revanche, le dossier s’arrête là.
Scénario 2 : poursuites pénales
Deuxième scénario : l’enquête met au jour des éléments plus sérieux.
Les investigations peuvent alors montrer que des fonds européens ont servi à financer un objet non autorisé, par exemple une préparation de campagne présidentielle nationale.
Dans ce cas, le parquet européen peut décider d’engager des poursuites contre les personnes qu’il considère comme responsables.
Le dossier est ensuite renvoyé devant une juridiction nationale, souvent un tribunal correctionnel.
Selon les faits, plusieurs qualifications pénales sont possibles :
Les peines exactes dépendront des textes retenus et du jugement.
Toutefois, ce type d’infractions peut entraîner :
Pour autant, même en cas de renvoi devant un tribunal, la culpabilité n’est pas automatique.
La défense peut encore contester les faits, la qualification juridique et le montant du préjudice.
Au final, c’est le tribunal qui tranche, après avoir entendu chaque partie.
Scénario 3 : la plainte pour dénonciation calomnieuse
Enfin, un troisième volet se déroule en parallèle : la plainte pour dénonciation calomnieuse déposée par Jordan Bardella contre AC !! Anticorruption.
Ce délit cible une situation bien précise.
Une personne dénonce quelqu’un auprès d’une autorité (police, procureur, administration).
Elle lui attribue des faits passibles de sanctions.
Et surtout, elle sait que ces faits sont faux.
En théorie, la loi prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et 45 000 euros d’amende.
Cependant, la justice applique ce texte de manière stricte.
En effet, il ne suffit pas que l’enquête initiale soit classée ou que la personne mise en cause ne soit pas condamnée.
Pour retenir la dénonciation calomnieuse, le parquet doit démontrer la mauvaise foi du plaignant.
Autrement dit, il doit montrer que celui‑ci connaissait la fausseté des faits au moment où il les a écrits ou déclarés.
Là encore, plusieurs issues sont possibles : classement, ouverture d’une enquête spécifique, puis éventuellement procès.
Ce déroulé reste indépendant du sort de l’affaire principale devant le parquet européen.
A LIRE : Dénonciation calomnieuse : que dit le Code pénal et comment se défendre ?
5. Ce qu’il faut retenir
D’abord, une plainte d’association, même très médiatisée, lance le processus.
Elle sert à saisir la justice, pas à décider de la culpabilité.
Ensuite, le Parquet national financier et le parquet européen sont des parquets spécialisés.
Le PNF se concentre sur les grandes affaires financières en France.
Le parquet européen, lui, s’occupe des infractions qui touchent l’argent de l’Union européenne.
Par ailleurs, lorsqu’on lit “une enquête est ouverte”, cela signifie que la justice enquête activement.
La présomption d’innocence reste pourtant entière tant qu’aucune juridiction n’a tranché.
Enfin, la dénonciation calomnieuse est un délit autonome.
Elle vise les accusations mensongères, mais suppose de prouver une vraie mauvaise foi de l’auteur de la dénonciation.
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