Lorsque les parents d’un enfant mineur choisissent une résidence alternée, les conséquences fiscales sont souvent mal comprises. Beaucoup se demandent notamment s’il est possible de déduire une pension alimentaire, comment fonctionne le quotient familial et pourquoi certains avantages fiscaux ne se cumulent pas. Une décision du Conseil constitutionnel du 14 mai 2021 permet de clarifier ces règles. On vous explique simplement comment la fiscalité s’applique en cas de résidence alternée, et ce que cela signifie concrètement pour votre déclaration d’impôt.
Table des matières
Résidence alternée : pourquoi la fiscalité pose autant de questions
En cas de séparation ou de divorce, la résidence alternée consiste à faire vivre l’enfant chez chacun de ses parents, selon un rythme organisé (une semaine sur deux, par exemple).
Sur le plan fiscal, cette situation crée souvent de la confusion, car elle se situe entre deux modèles classiques :
- l’enfant rattaché à un seul parent,
- ou l’enfant pour lequel une pension alimentaire est versée.
Beaucoup de parents se demandent alors :
- Qui déclare l’enfant ?
- Peut-on partager les avantages fiscaux ?
- La pension alimentaire est-elle déductible ?
A LIRE : Pension alimentaire et garde alternée : les 7 règles du juge.
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Le quotient familial : comment fonctionne-t-il en cas de résidence alternée
Le quotient familial est un mécanisme qui permet d’adapter l’impôt sur le revenu à la situation familiale du contribuable. Plus vous avez de personnes à charge, plus votre impôt est allégé.
En principe
Un enfant mineur à charge ouvre droit à :
- une demi-part pour les deux premiers enfants,
- puis une part entière à partir du troisième.
En cas de séparation
Lorsque les parents sont séparés, l’enfant est en principe considéré à la charge du parent chez lequel il réside principalement. L’autre parent ne bénéficie alors d’aucune part fiscale liée à l’enfant.
En cas de résidence alternée
Lorsque l’enfant vit en résidence alternée chez ses deux parents, la loi considère que la charge est partagée.
Concrètement, cela signifie que chaque parent bénéficie d’une fraction de part, et non de la totalité. Le partage dépend de la situation globale du foyer, mais il s’agit le plus souvent d’une demi-part répartie entre les deux parents.
Bon à savoir : La résidence alternée doit être prévue par une décision de justice, une convention homologuée ou un accord clair entre les parents pour être reconnue fiscalement.
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- le parent qui la verse peut la déduire de ses revenus,
- le parent qui la reçoit doit la déclarer comme un revenu imposable.
- le parent qui verse une pension alimentaire ne peut pas la déduire,
- le parent qui la reçoit n’est pas imposé sur cette pension.
- le parent en résidence alternée ne bénéficie que d’un demi-avantage fiscal,
- tout en étant privé de la déduction de la pension alimentaire,
ce qui créerait une inégalité. - le quotient familial et la déduction d’une pension alimentaire poursuivent un objectif similaire : tenir compte de la charge liée à l’enfant ;
- permettre leur cumul reviendrait à accorder un double avantage fiscal pour un même enfant.
- Le parent chez qui l’enfant réside principalement assume une charge quotidienne différente.
- Le parent en résidence alternée participe autrement à l’entretien et à l’éducation de l’enfant.
- vous partagez le quotient familial avec l’autre parent ;
- vous ne pouvez pas déduire une pension alimentaire versée pour cet enfant ;
- la pension reçue n’est pas imposable.
- une déclaration erronée,
- un redressement fiscal,
- ou un conflit entre parents.
- le mode de résidence reconnu fiscalement,
- la répartition des parts,
- et le traitement des pensions alimentaires.
Pension alimentaire et résidence alternée : une règle qui surprend
C’est souvent là que la difficulté apparaît.
En principe, lorsqu’un parent verse une pension alimentaire pour un enfant mineur :
Cependant, ces règles ne s’appliquent pas en cas de résidence alternée.
A LIRE : Quelle est la différence entre la garde alternée et la garde partagée ?
Pourquoi ?
La loi fiscale prévoit une règle de non-cumul des avantages fiscaux :
un parent ne peut pas à la fois bénéficier d’un avantage lié à l’enfant (le quotient familial) et déduire une pension alimentaire pour ce même enfant.
Or, en résidence alternée, chaque parent bénéficie déjà d’une majoration de quotient familial, même partielle.
Résultat :
Bon à savoir : Même si une pension alimentaire est prévue par un jugement ou une convention, elle ne devient pas déductible du seul fait qu’elle existe. Le mode de résidence de l’enfant est déterminant.
Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel (et pourquoi c’est important)
Saisi par des parents estimant cette règle injuste, le Conseil constitutionnel a été amené à se prononcer en mai 2021.
Les requérants soutenaient notamment que :
La réponse du Conseil constitutionnel
Le Conseil a jugé ces règles conformes à la Constitution.
Il a rappelé que :
Ainsi, même si le parent en résidence alternée ne bénéficie que d’une fraction de quotient familial, cela reste un avantage fiscal qui justifie l’absence de déduction de la pension.
Bon à savoir : Le Conseil constitutionnel rappelle que les règles fiscales n’ont pas vocation à rembourser exactement toutes les dépenses liées à un enfant, mais à tenir compte globalement de la situation familiale.
Une différence de traitement, mais pas une discrimination
Le Conseil constitutionnel a également répondu à un autre argument souvent avancé :
Pourquoi un parent qui a la charge principale peut-il bénéficier d’une part entière, alors qu’un parent en résidence alternée n’a qu’une demi-part et aucune déduction ?
La réponse est simple sur le plan juridique :
les situations ne sont pas identiques.
Le principe d’égalité n’impose pas de traiter de manière identique des situations différentes.
A LIRE : Qui paie quoi en garde alternée ?
Ce que les parents doivent retenir concrètement
Si votre enfant est en résidence alternée :
Ces règles peuvent sembler contre-intuitives, mais elles visent à éviter un cumul d’avantages fiscaux.
Pourquoi il est important de bien s’informer avant de déclarer
Une mauvaise compréhension de ces règles peut entraîner :
Chaque situation familiale étant différente, il est souvent utile de se faire accompagner pour vérifier :
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